Partons d'abord de l'échelle mondiale. Dans deux semaines,
s'ouvre le nouveau sommet du G20 à Pittsburgh. Tous les dossiers du précédent sommet sont encore ouverts, néanmoins suivant les pays, on observe une hiérarchisation différente. Par exemple, la
France est plus attachée aux dossiers sensibles comme les bonus touchés par les traders, tandis que l'Angleterre et les États Unis classent cette question au-dessous de la pile. Bref, l'enjeu
de ce nouveau G20 est la mise en œuvre de mesures qui devront être prises dans une forme de consensus avec, si possible, des délais stricts et courts et l'observation scrupuleuse des
agissements de chaque pays pour chaque question soulevées à Londres. D'abord, la surveillance des banques par la BRI (ndlr : banque des règlements internationaux) qui doit leur insuffler six
mesures phares. Puis, les paradis fiscaux, qui devront être traités « durement », selon les vœux de Nicolas Sarkozy, avec comme volonté « s'attaquer aux riches particuliers, mais aussi aux
entreprises ». Ensuite, sujet qui fait l'objet de discussions séparées : les fonds spéculatifs, qui, pour le moment, ne verraient pas d'issues vers des mesures communes. Enfin, les ministres
des finances de chaque pays ont affirmés, « vouloir coordonner leurs stratégies de sorties de crise », lors d'une réunion préparatrice fixant les intérêts convergeant de ce sommet. Ils ont
aussi exprimé le souhait de voir un nouveau visage à la tête du FMI, ce qui donnerait le droit de vote aux Suds (ndlr : les Suds et les Nords sont des notations économiques pour cerner les pays
riches des pays pauvres. Leurs appellations viennent du rapport similaire entre l'aspect géographique et l'aspect économique). Cela les rendraient plus proche de notre système économique. Une
masse considérable de dossiers attendent les chefs d'États.
Toujours à l'échelle mondiale, on annonçait une
révolution, dans le traitement des données économiques. Mais pas n'importe quel genre de données : l'évaluation du PIB (ndlr : le produit intérieur brut, représentant pour l'heure l'indice, en
%, de production dans un pays donné). Il s'agit du rapport « Stiglitz » qui a pour but d'apporter une « réflexion sur les moyens d'échapper à une approche trop quantitative, trop comptable de
la mesure de nos performances collectives et d'élaborer de nouveaux indicateurs de richesses ». Né d'une proposition de notre Président, le rapport Stiglitz a reçu de vives critiques, dans
l'ensemble positives. Certains économistes s'apprêtaient même à qualifier le rapport de « révolutionnaire ». Cependant, le collectif Fair (Forum pour d'Autres Indicateurs de
Richesse) estime que le rapport est utile pour la remise en cause de « la domination du PIB mais insuffisant quant au « développement durable et est trop focalisé sur les indicateurs monétaires
». Le collectif Fair et le rapport Stiglitz sont d'accords sur un point : la remise en cause de « la domination excessive du PIB en tant qu'indicateur servant à guider la marche de la
société ».
« Cet indicateur [...] ne doit pas servir de référence à la décision politique car il ne fait aucune distinction entre les productions utiles et néfastes et qu'il contribue de surcroit à
occulter nombre d'écueils majeurs dont certaines destructions environnementales à l'origine de la crise écologique et des dérèglements climatiques auxquels est désormais exposée l'humanité tout
entière ». En revanche, il s'oppose à deux éléments du rapport. Le premier, « la conception du développement durable qu'il véhicule est focalisé sur certains besoins des générations futures,
oubliant […] d'une part, l'impact social des politiques économiques en place et, d'autre part, les exigences de gouvernance et de démocratie qu'il conviendrait de prendre en compte dans les
indicateurs globaux de richesse ». « Il fait aussi l'impasse sur les processus qui devraient sous-tendre l'élaboration de nouveaux indicateurs ». Le second problème se heurte à « la place –
excessive selon nous – que tiennent les indicateurs monétaires. » Selon eux c'est « un indicateur inadapté, peu transparent et incompréhensible par les non-spécialistes ». Après avoir
énuméré chaque problème relevés dans ce rapport, le collectif Fair s'attaque alors à la présidence de la Commission. Ils dénoncent le manque « d'ouverture » de la part de cette dernière, «
composée à 90% d'économistes ». Ils mentionnent aussi que le rapport a été « timidement » mis en ligne et rédigé uniquement en anglais. Ils rappellent ensuite que c'est grâce aux associations,
aux collectifs et à la mobilisation de chacun des acteurs de l'écologie et de l'économie que ce projet est né. Comme ils vivent dans une démocratie, ils pensaient être conviés aux discussions,
mais ce ne fut pas le cas. Ils conjecturent que c'est l'une des raisons de l'échec partiel de ce rapport. Raison qui les a motivés pour écrire ce que l'on pourrait qualifier de
contre-rapport.
Enfin à l'échelle française, l'éternelle
question de l'égalité revient au jour avec la publication d'un constat de l'Observatoire des Inégalités et d'Alternatives Économiques, selon les chiffres de l'INSEE. « Entre 1997 et 2007, le
niveau de vie annuel des Français les plus aisés a progressé de 5 % soit 4 800 € (une fois l'inflation prise en compte), celui des moins aisés de 10 % soit 1 360 euros. L'écart entre les
deux groupes s'est creusé de 3 500 euros : de 29 400 euros en 1997, il est passé à 32 900, soit deux ans et huit mois de Smic, déduit l'étude ». Même si les statistiques montrent que « les
revenus des plus pauvres ont augmenté de 15 % pendant la période, contre 12 % pour les plus riches », les pourcentages sont la dernière des préoccupations d'une personne en situation précaire.
Pour résumer, une partie du pouvoir d'achat des pauvres augmente tandis que l'écart avec les riches continu de se creuser. Un problème à demi résolu.
Maxime Blanc
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